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[CLOS] Go and live, or stay and die (ft. Elizabeth Adams)

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Lun 15 Oct - 23:20

Go and live, or stay and die

Lundi matin. Le Soleil se lève à la vitesse d'une tortue. Tu fais les cents pas dans ton bureau, tapant du pied sur ce foutu tapis à motifs. Les cours commencent dans une demi-heure et... tu n'as pas de solution. Elizabeth t'a tout de même giflée la veille non ? Tu ne peux pas laisser passer ça ! Même si dans un sens cela ne regarde pas ta classe. Tu ne feras plus montre de favoritisme, ni même du moindre regard à son attention. Et aujourd'hui, comme il est question de les faire jouer sur les planches, tu trouveras bien un moyen de lui mettre la pression... Oui, excellent !

Je vois que la nuit ne t'a pas porté conseil, hein l'intello ?

Non, en effet. Tu n'as pas réussi à te calmer face à cette provocation si minable que tu ne comprends pas comment elle a osé te proposer ça. Faire l'effort de croire en ces bêtises de vie après la mort, de fantômes et autres histoires à dormir debout. Tu es une fille terre à terre, même si tu aimes t'évader de ce monde cruel au travers de tes romans et autres nouvelles shakespeariennes.

Avoue que tu es bizarre toi, non ? C'est pas censé être la même chose ?

• Toi, je ne t'ai pas sonnée. Reste à ta place !

Si tes collègues t'entendaient parler seule, ils appelleraient les urgences illico. Tu ne les as pas encore croisés à ton arrivée. Mais ça ne serait tarder. Tu tends ton poignet vers tes iris bleus. Huit heures moins dix. Et merde ! Le timing ne joue pas en ta faveur. Tu aimerais avoir plus de temps pour te préparer mais...

Mais tu vas te bouger le cul et te rendre au théâtre sans discuter !

• Ça va ! J'y vais !

Tu attrapes une pile de feuilles sur ton bureau et quittes la pièce en claquant la porte. Tu rejoins le couloir et descends les escaliers vers l'accueil de ton école. Là, tu avises la secrétaire de rediriger toute ta classe vers l'amphi principal où se déroulera l'intégralité du cours. Agacée, tu parviens à la salle avec l'aide de ta collègue d'arts plastiques. Une femme adorable... mais tu n'es pas d'humeur à jaser avec elle. Un simple merci plus tard, tu prépares ton cours du jour, scrutant ta montre toutes les trente secondes.

J'espère que la gamine va se tenir... Au moindre caprice, fous-la dehors. Sale fille de riches !

À qui le dis-tu conscience stupide. Tu ne peux pas prévoir ce qu'elle fera. Si ça te trouve, elle ne fera que t'ignorer... Tu souris en coin, reprenant ton calme olympien alors que les premiers élèves passent la porte de ton théâtre.
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Hélène Magnus
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Mar 16 Oct - 0:12
Go and live, or stay and dieHélène x ElizabethNous sommes le matin. J'ai mal dormi la nuit dernière et pourtant me voilà debout en face de mon miroir prête à me rendre à l'école. Étais-je obligée d'y aller ? J'avais frappé Hélène après ce qu'elle m'a dit. C'était peut-être trop, mais elle a débordé l'eau du vase. Je n'en pouvais plus et j'ai craqué. Je souhaitais être six pieds sous terre à présent. J'inspirais doucement avant de m'arranger quelque peu. J'avais attaché mes cheveux en une tresse française. Je portais des jeans et un pull gris bien confortable. Rien d'extravagant. Simple et efficace. Je me suis offert un nouvel téléphone pour y mettre de la musique sans parole. Juste des morceaux de violon sur lequel je devais me pratiquer. C'était mon défi. Je mettais mes écouteurs avant de quitter la maison en prenant mon sac pour les cours. Mon chauffeur m'attendait. Je montais dans la voiture et pendant le trajet je me pratiquais mentalement à la musique et au son employer. Je me plongeais dans la musique, dans la mélodie, elle ancrait dans ma peau.

J'arrivais à l'école, il était encore tôt, mais je voulais pratiquer. Je me dirigeais vers la salle à musique en prenant un violon et je jouais un morceau me laissant emporter par la mélodie. Je bougeais en même temps que je jouais. Très peu de violoniste savent le faire. J'adorais jouer, mais plus devant un publique depuis l'accident. Très peu savent que j'y joue et c'est mieux ainsi. Je regardais l'heure, il était presque le temps d'y aller. Je rangeais le matériel avant de descendre, je croisais la secrétaire qui me disait que le cours se passait à l'amphithéâtre. Je la remerciais avant de rejoindre les autres. Je n'étais pas la première, ni la dernière. Je vins m'installer avec les autres sans pour autant être proche d'eux. Hélène était là. Elle attendait que les autres arrivent. Il fallait que je garde mon calme. Je glissais une main sur mon poignet. Il me faisait mal. À qui la faute, hein ? Je n'aurais pas dû enfoncer mes ongles ainsi dans ma peau.

Qu'est-ce qu'on allait faire aujourd'hui ? J'imagine qui si nous sommes à l'amphi, c'est que nous allons pratiquer sur scène. Pour une fois je ne me porterais pas volontaire, mais je me doute que Hélène passera à côté de cette importunité à user de son "pouvoir" de professeur. Qu'elle me le demande, je le ferais sans broncher. En faite... Je m'en fiche complètement. Le dernier élève arrive enfin. Il s'installe en s'excusant du fait qu'il arrive en retard de cinq minutes. Ce n'est pas la mers à boire, si ? Je ne disais rien restant assise observant la scène. Le vide. Kylie était là. Elle était sur scène. Elle adorait être sur scène. C'était sa passion et surtout qu'elle pouvait être elle-même sans que personne ne la juge. Extravertie comme personne. Elle était heureuse de voir son amoureuse. C'est aussi pour cette raison que je suis à l'école aujourd'hui, pour Kylie et son bonheur. Son bonheur avant le miens. J'aurais préféré rester coucher, très honnêtement. Aller dis-nous Hélène ce que l'on va faire aujourd'hui comme exercice.   
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Mar 16 Oct - 15:58

Go and live, or stay and die

Le quart d'heure de répit file à une vitesse folle. Toute ta troupe arrive dans ton théâtre au compte-goutte. Jusqu'à ce que ça soit le tour de Elizabeth, que tu feins de l'avoir vue se présenter avant le début du cours. Tu es trop occupée à mettre tes feuilles dans le bon ordre pour te soucier d'elle pour l'instant. La sonnerie retentit enfin, il te manque une personne. Un léger retard de cinq minutes suivi d'excuses plus tard... Tu ne bronches pas et la laisse prendre place sur l'une des chaises encore vacantes. Tu époussettes ta tenue et viens te placer devant tes élèves.

• Bonjour à tous. Je serai brève. Aujourd'hui, vous n'aurez pas histoire de l'art comme je l'avais mentionné il y a quelques jours. Ma collègue a un gros rhume et ne pourra pas tenir ses engagements.

Des chuchotements se propagent à l'annonce de ce changement d'emploi du temps. C'était à prévoir. La miss première de la classe se faisait une joie d’exceller dans cette matière. Voyant que le ton monte par endroit, tu tapes des mains par trois fois afin de rétablir l'ordre.

• Du calme ! Le cours d'aujourd'hui a été inversé avec celui de mercredi. À la place, je vous propose de jouer...

Un silence mortel d'abat dans la salle. Depuis la prérentrée des classes, tu ne les avais pas incité à recommencer l'expérience. Cette fois-ci, ils seront guidés par tes conseils et autres explications utiles. Profitant de ce laps de temps idéal, tu pars à ton bureau et récupères les piles de feuilles. Tu t'emploies à la distribution, ne lâchant aucun regard sur Elizabeth au passage. Une mine neutre, sans la moindre faille, ni la moindre angoisse. Tu reprends ta place auprès de ta troupe, prête à t'amuser un peu.

• Voilà ce sujet de la journée. Roméo et Juliette, scène seize. Mettez-vous par groupe de cinq s'il vous plait.

Ils sont vingt en tout. Un chiffre par forcément idéal mais dans le contexte, c'est parfait. Tu sais qu'il y a plus de garçons que de filles mais qu'importe ! Ce ne sont que des essais. Le but n'est pas de les démolir mais de les regarder interpréter une scène.

• Je vous demande à chacun de vous approprier l'un des cinq personnages de la scène. Lisez le script entre vous une fois et débattez-en. Je vous laisse une demi-heure pour vous en faire une idée, après quoi les essais pourront commencer.

Tu laisses les jeunes gens procéder à leur guise, surveillant du coin de l’œil la gosse de riche qui ne semble pas vouloir y mettre du sien. Elle a tout intérêt à se prêter au jeu rapidement, ou son groupe servira d'exemple pour les autres.
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Hélène Magnus
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Mar 16 Oct - 22:00
Go and live, or stay and dieHélène x ElizabethLe cours commence finalement. Hélène se plaçait devant nous. Je bougeais pas. Je demandais tout simplement ce que nous allons faire aujourd'hui...

«Bonjour à tous. Je serai brève. Aujourd'hui, vous n'aurez pas histoire de l'art comme je l'avais mentionné il y a quelques jours. Ma collègue a un gros rhume et ne pourra pas tenir ses engagements.»

Quel dommage...Par contre des chuchotements se firent entendre. Ils ne pouvaient pas rester silencieux pendant encore quelques secondes le temps qu'elle termine d'expliquer ? Mais non... On dirait que c'était la fin du monde. Hélène tapait trois dans ses mains pour faire taire les chuchotements.

«Du calme ! Le cours d'aujourd'hui a été inversé avec celui de mercredi. À la place, je vous propose de jouer...»

Super... Jouer... Je me demande quelle pièce pourtant c'était une évidence. Tout d'un coup la classe était silencieuse. Si je me souviens bien, la dernière fois j'ai présenté la première en étant extrêmement à l'aise devant la foule. Serait-ce le cas aujourd'hui également ? Hélène récupérait des feuilles, certainement le texte et le passait à tout le monde sans m'adresser aucun regard. Je restais neutre en prenant le paquet de feuille entre mes mains. Je lisais le premier mot et je savais exactement c'était quelle pièce.

«Voilà ce sujet de la journée. Roméo et Juliette, scène seize. Mettez-vous par groupe de cinq s'il vous plait.»

Je ne bougeais pas, je restais à ma place tandis que les autres commençaient à se trouver un groupe à cinq personnes. J'irais avec les derniers qu'il y aura. L'important n'était pas être avec les meilleurs, c'était la performance et la participation.

« Je vous demande à chacun de vous approprier l'un des cinq personnages de la scène. Lisez le script entre vous une fois et débattez-en. Je vous laisse une demi-heure pour vous en faire une idée, après quoi les essais pourront commencer.»

Je scrutais le texte. Je le connaissais au bout de mes doigts, mais j'ignorais comment. J'étais trop concentrée que je ne voyais pas que quelqu'un se tenait en face de moi. Je lève mon regard en sa direction. C'était le Roméo avec qui j'avais joué la première fois. Il me prenait délicatement la main pour m'aider à me lever et à rejoindre les trois autres. Nous étions deux filles et trois garçons. Ça fera l'affaire, mais un des garçons devra jouer une fille. Ça risque d'être intéressant.

«Liza qui veux-tu jouer ?»

Je haussais les épaules tournant mon regard vers Camille qui rougissait. Était-elle gênée par ma présence ?

«Qui veux-tu jouer Camille ?»
«Eum... La nourrice, car je t'imagine bien en Juliette. Surtout que la prestation de la dernière fois était excellente !»
«Merci... C'est gentil...» je souriais timidement. «Les gars ?»
«Je te ferais ton Roméo.» annonce Liam.
«Je ferais le Capulet.» réplique Nathan.
«Bon... J'imagine que je ferais Lady Capulet.»

Tristan était gêné de jouer une femme, mais il excellera en ayant vu sa prestation de Hamlet. Il fera une bonne Lady Capulet. Nous lisons le texte chacun à tour de l'autre. Nous pratiquons en même temps. Je retenais les paroles, les gestes de Juliette et des autres personnages. Foutue tête. Une demi-heure passait, c'était le temps des prestations. Ce n'était pas un gros projet, donc nous aurons le droit à nos textes, mais je serais la seule folle qui en n'aurait pas de besoin. Voyant que personne ne voulait y aller, je tournais mon regard vers mon groupe qui semblait confiant. J'esquissais un sourire avant que nous élançons vers la scène. La première partie était entre Roméo et Juliette, donc Liam et moi.

Veux-tu donc partir ? le jour n’est pas proche encore : — c’était le rossignol et non l’alouette — dont la voix perçait ton oreille craintive. — Toutes les nuits il chante sur le grenadier, là-bas. — Crois-moi, amour, c’était le rossignol.

C’était l’alouette, la messagère du matin, — et non le rossignol. Regarde, amour, ces lueurs jalouses — qui dentellent le bord des nuages à l’orient ! — Les flambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux — se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne. — Je dois partir et vivre, ou rester et mourir.

Cette clarté là-bas n’est pas la clarté du jour, je le sais bien, moi ; — c’est quelque météore que le soleil exhale — pour te servir de torche cette nuit — et éclairer ta marche vers Mantoue. — Reste donc, tu n’as pas besoin de partir encore.

▬  Soit ! qu’on me prenne, qu’on me mette à mort ; — je suis content, si tu le veux ainsi. — Non, cette lueur grise n’est pas le regard du matin, elle n’est que le pâle reflet du front de Cynthia ; — et ce n’est pas l’alouette qui frappe de notes si hautes — la voûte du ciel au-dessus de nos têtes. — J’ai plus le désir de rester que la volonté de partir. — Vienne la mort, et elle sera bienvenue !… Ainsi le veut Juliette… — Comment êtes-vous, mon âme ? Causons, il n’est pas jour.

C’est le jour, c’est le jour ! Fuis-vite, va-t’en, pars : — C’est l’alouette qui détonne ainsi, — et qui lance ces notes rauques, ces strettes déplaisantes. — On dit que l’alouette prolonge si doucement les accords ; —— cela n’est pas, car elle rompt le nôtre. — On dit que l’alouette et le hideux crapaud ont changé d’yeux : —— oh ! que n’ont-ils aussi changé de voix, — puisque cette voix nous arrache effarés l’un à l’autre — et te chasse d’ici par son hourvari matinal ! — Oh ! maintenant pars. Le jour est de plus en plus clair.

De plus en plus clair ?… De plus en plus sombre est notre malheur.

Camille, qui fait la Nourrice approchait de nous comme si elle entrait dans la pièce.

Madame !

Nourrice ?

Madame votre mère va venir dans votre chambre. — Le jour paraît ; soyez prudente, faites attention.

Puis Camille sort de la soit-disant pièce que nous imaginons bien. Je me tournais vers Liam qui s'approchait du rebord de la scène pour prétendre que c'était la fenêtre.

Allons, fenêtre, laissez entrer le jour et sortir ma vie.

Adieu, adieu ! un baiser, et je descends.

Je regardais Liam déposant une bise sur la commissure de ses lèvres. Il était dos aux autres, donc on pouvait prétendre que nous embrassions, alors que non. Puis il descendait de la scène.

Te voilà donc parti ? amour, seigneur, époux, ami ! — Il me faudra de tes nouvelles à chaque heure du jour, — car il y a tant de jours dans une minute ! — Oh ! à ce compte-là, je serai bien vieille, — quand je reverrai mon Roméo.

Adieu ! je ne perdrai pas une occasion, — mon amour, de t’envoyer un souvenir.

Oh ! crois-tu que nous nous rejoindrons jamais ?

Je n’en doute pas : et toutes ces douleurs feront — le doux entretien de nos moments à venir.

Ô Dieu ! j’ai dans l’âme un présage fatal. — Maintenant que tu es en bas, tu m’apparais — comme un mort au fond d’une tombe. — Ou mes yeux me trompent, ou tu es bien pâle.

Crois-moi, amour, tu me sembles bien pâle aussi. — L’angoisse aride boit notre sang. Adieu ! adieu !

Liam s'éloignait de la scène et vint s'installer dans l'ombre m'encourageant la faire à suite. Je reculais de la scène jouant la suite.

Ô fortune ! fortune ! tout le monde te dit. capricieuse ! — Si tu es capricieuse, qu’as-tu à faire avec un homme d’aussi illustre constance ? Fortune, soit capricieuse, — car alors tu ne le retiendras pas longtemps, j’espère, — et tu me le renverras.

Il y avait une once de vérité. Cette scène me parlait, elle me ressemblait quelque peu. Étrange, non ? Tristan haussait la voix pour faire comme s'il était à l'extérieur.

Holà ! ma fille ! êtes-vous levée ?

Qui m’appelle ? est-ce madame ma mère ? — Se serait-elle couchée si tard ou levée sitôt ? — Quel étrange motif l’amène ?

Tristan s'approchait de moi pour que nous soyons face à face, mais de côtés pour les spectateurs.

Eh bien, comment êtes-vous, Juliette ?

Je ne suis pas bien, madame.

Toujours à pleurer la mort de votre cousin ?… — Prétends-tu donc le laver de la poussière funèbre avec tes larmes ? — Quand tu y parviendrais, tu ne pourrais pas le faire revivre. — Cesse donc : un chagrin raisonnable prouve l’affection ; — mais un chagrin excessif prouve toujours un manque de sagesse.

Je jouais avec le son de ma voix pour prétendre que je pleurais.

Laissez-moi pleurer encore une perte aussi sensible.

Vous ne sentirez que plus vivement cette perte, sans sentir plus près de vous l’ami — que vous pleurez.

Je sens si vivement la perte — de cet ami, que je ne puis m’empêcher de le pleurer toujours.

Va, ma fille, ce qui te fait pleurer, c’est moins de le savoir mort — que de savoir vivant l’infâme qui l’a tué.

Quel infâme, madame ?

Eh bien ! cet infâme, Roméo !

Entre un infâme et lui il y a bien des milles de distance. — Que Dieu lui pardonne ! Moi, je lui pardonne de tout mon cœur ; — et pourtant nul homme ne navre mon cœur autant que lui.

▬  Parce qu’il vit, le traître !

Oui, madame, et trop loin de mes bras. — Que ne suis-je seule chargée de venger mon cousin !

Nous obtiendrons vengeance, sois-en sûre. — Ainsi ne pleure plus. Je ferai prévenir quelqu’un à Mantoue, — où vit maintenant ce vagabond banni : — on lui donnera une potion insolite — qui l’enverra vite tenir compagnie à Tybalt, — et alors j’espère que tu seras satisfaite.

Je ne serai vraiment satisfaite — que quand je verrai Roméo… supplicié, — torturé est mon pauvre cœur, depuis qu’un tel parent m’est enlevé. — Madame, trouvez seulement un homme — pour porter le poison ; moi, je le préparerai, — et si bien qu’après l’avoir pris, Roméo — dormira vite en paix. Oh ! quelle horrible souffrance pour mon cœur — de l’entendre nommer, sans pouvoir aller jusqu’à lui, — pour assouvir l’amour que je portais à mon cousin — sur le corps de son meurtrier !

Trouve les moyens, toi ; moi, je trouverai l’homme. — Maintenant, fille, j’ai à te dire de joyeuses nouvelles.

La joie est la bienvenue quand elle est si nécessaire : — quelles sont ces nouvelles ? j’adjure votre Grâce.

Va, va, mon enfant, tu as un excellent père : — pour te tirer de ton accablement, — il a improvisé une journée de fête — à laquelle tu ne t’attends pas et que je n’espérais guère.

Quel sera cet heureux jour, madame ?

Eh bien, mon enfant, jeudi prochain, de bon matin, — un galant, jeune et noble gentilhomme, — le comte Pâris, te mènera à l’église Saint-Pierre, — et aura le bonheur de faire de toi sa joyeuse épouse.

Ah ! par l’église de Saint-Pierre et par saint Pierre lui-même, — il ne fera pas de moi sa joyeuse épouse. — Je m’étonne de tant de hâte : ordonner ma noce, — avant que celui qui doit être mon mari m’ait fait sa cour ! — Je vous en prie ; madame, dites à mon seigneur et père — que je ne veux pas me marier encore. Si jamais je me marie, je le jure, — ce sera plutôt à ce Roméo que vous savez haï de moi, — qu’au comte Pâris. Voilà des nouvelles, en vérité.

Voici votre père qui vient ; faites-lui vous-même votre réponse, — et nous verrons comment il la prendra.

Nathan et Camille entre finalement en scène et vint nous rejoindre. Place à l'action. Nathan me regardait tandis que je sanglotais comme ferait Juliette.

Quand le soleil disparaît, la terre distille la rosée ; — mais, après la disparition du radieux fils de mon frère, — il pleut tout de bon. Eh bien ! es-tu devenue gouttière, fillette ? Quoi, toujours des larmes ! — toujours des averses ! Dans ta petite personne — tu figures à la fois la barque, la mer et le vent ; — tes yeux, que je puis comparer à la mer, ont sans cesse — un flux et un reflux de larmes ; ton corps est la barque — qui flotte au gré de cette onde salée, et tes soupirs sont les vents — qui, luttant de furie avec tes larmes, — finiront, si un calme subit ne survient, par faire sombrer — ton corps dans la tempête… Eh bien, femme, — lui avez-vous signifié notre décision ?

Oui, messire ; mais elle refuse ; elle vous remercie. — La folle ! je voudrais qu’elle fût mariée à son linceul !…

Doucement, je n’y suis pas, je n’y suis pas, femme. — Comment ! elle refuse ! elle nous remercie ! — et elle n’est pas fière, elle ne s’estime pas bien heureuse, — tout indigne qu’elle est, d’avoir, par notre entremise, obtenu — pour mari un si digne gentilhomme !

Je ne suis pas fière, mais reconnaissante ; — fière, je ne puis l’être de ce que je hais comme un mal. — Mais je suis reconnaissante du mal même qui m’est fait par amour.

Eh bien, eh bien, raisonneuse, qu’est-ce que cela signifie ? — Je vous remercie et je ne vous remercie pas… Je suis fière — et je ne suis pas fière !… Mignonne donzelle, — dispensez-moi de vos remercîments et de vos fiertés, — et préparez vos fines jambes pour vous rendre jeudi prochain — à l’église Saint-Pierre en compagnie de Pâris ; — ou je t’y traînerai sur la claie, moi ! — Ah ! livide carogne ! ah ! bagasse ! — Ah ! face de suif !

Fi, fi ! perdez-vous le sens ?

Je vins à m'agenouiller et à regarder Nathan, celui qui faisait Capulet.

Cher père, je vous en supplie à genoux, — ayez la patience de m’écouter ! rien qu’un mot !

Au diable, petite bagasse ! misérable révoltée ! — Tu m’entends, rends-toi à l’église jeudi, — ou évite de me rencontrer jamais face à face : — ne parle pas, ne réplique pas, ne me réponds pas ; — mes doigts me démangent… Femme, nous croyions notre union pauvrement bénie, — parce que Dieu ne nous avait prêté que cette unique enfant ; — mais, je le vois maintenant, cette enfant unique était déjà de trop, — et nous avons été maudits en l’ayant. — Arrière, éhontée !

Que le Dieu du ciel la bénisse ! — Vous  avez tort, monseigneur, de la traiter ainsi.

Et pourquoi donc, dame Sagesse ?… Retenez votre langue, — maîtresse Prudence, et allez bavarder avec vos commères.

Ce que je dis n’est pas un crime.

Au nom du ciel, bonsoir !

Peut-on pas dire un mot ?

Paix, stupide radoteuse ! — Allez émettre vos sentences sur le bol d’une commère, — car ici nous n’en avons pas besoin.


Vous êtes trop brusque.

Jour de Dieu ! j’en deviendrai fou. — Le jour, la nuit, à tout heure, à toute minute, à tout moment, que je fusse occupé ou non, — seul ou en compagnie, mon unique souci a été — de la marier ; enfin je trouve — un gentilhomme de noble lignée, — ayant de beaux domaines, jeune, d’une noble éducation, — pétri, comme on dit, d’honorables qualités, — un homme aussi accompli qu’un cœur peut le souhaiter, — et il faut qu’une petite sotte pleurnicheuse, — une poupée gémissante, quand on lui offre sa fortune, — réponde : Je ne veux pas me marier, je ne puis aimer, — je suis trop jeune, je vous prie de me pardonner ! — Ah ! si vous ne vous mariez pas, vous verrez comme je vous pardonne ; — allez paître où vous voudrez, vous ne logerez plus avec moi. — Faites-y attention, songez-y, je n’ai pas coutume de plaisanter. — Jeudi approche ; mettez la main sur votre cœur, et réfléchissez. — Si vous êtes ma fille, je vous donnerai à mon ami ; — si tu ne l’es plus, va au diable, mendie, meurs de faim dans les rues. — Car sur mon âme, jamais je ne te reconnaîtrai, — et jamais rien de ce qui est à moi ne sera ton bien. — Compte là-dessus, réfléchis, je tiendrai parole.

Nathan s'éloigne sur la scène comme s'il quittait la pièce. Je me tournais donc vers Tristan.

N’y a-t-il pas de pitié, planant dans les nuages, — qui voie au fond de ma douleur ? — Ô ma mère bien-aimée, ne me rejetez pas, — ajournez ce mariage d’un mois, d’une semaine ! — Sinon, dressez le lit nuptial — dans le sombre monument où Tybalt repose !

Ne me parle plus, car je n’ai rien à te dire ; — fais ce que tu voudras, car entre toi et moi tout est fini.

Aouch... C'est triste ça. Tristan alla rejoindre Nathan plus loin sur la scène laissant Camille et moi. Je me tournais vers elle en étant presque désespérée. Juliette avait besoin de réconfort.

Ô mon Dieu !… Nourrice, comment empêcher cela ? — Mon mari est encore sur la terre, et ma foi est au ciel : — comment donc ma foi peut-elle redescendre ici-bas, — tant que mon mari ne me l’aura pas renvoyée du ciel — en quittant la terre ?… Console-moi, console-moi ! — Hélas ! hélas ! se peut-il que le ciel tende de pareils piégés — à une créature aussi frêle que moi ! — Que dis-tu ? n’as-tu pas un mot qui me soulage ! — Console-moi, nourrice

Ma foi, écoutez : Roméo — est banni ; je gage le monde entier contre néant — qu’il n’osera jamais venir vous réclamer ; — s’il le fait, il faudra que ce soit à la dérobée. — Donc, puisque tel est le cas, — mon avis, c’est que vous épousiez le comte. — Oh ! c’est un si aimable gentilhomme ! — Roméo n’est qu’un torchon près de lui !… Un aigle, madame, — n’a pas l’œil aussi vert, aussi vif, aussi brillant — que Pâris. Maudit soit mon cœur, — si je ne vous trouve pas bien heureuse de ce second mariage ! — il vaut bien mieux que votre premier. Au surplus, — votre premier est mort, ou autant vaudrait qu’il le fût, — que de vivre sans vous être bon à rien.

Parles-tu du fond de ton cœur ?

Et du fond de mon âme ; — sinon, malédiction à tous deux !

Amen !

Quoi ?

Ah ! tu m’as merveilleusement consolée. — Va dire à madame — qu’ayant déplu à mon père, je suis allée à la cellule de Laurence, — pour me confesser et recevoir l’absolution.

Oui, certes, j’y vais. Vous faites sagement.

Camille allait rejoindre les deux autres tandis que je la regardais pour dire ma dernière réplique. Les mots me sortaient de la bouche tout aussi naturellement. Les autres avaient leurs textes en leur possession, mais pas moi...

Ô vieille. damnée ! abominable démon ! — Je ne sais quel est ton plus grand crime, ou de souhaiter que je me parjure, — ou de ravaler mon seigneur de cette même bouche — qui l’a exalté au-dessus de toute comparaison — tant de milliers de fois… Va-t’en conseillère ; — entre toi et mon cœur il y a désormais rupture. — Je vais trouver le religieux pour lui demander un remède ; — à défaut de tout autre, j’ai la ressource de mourir.

J'allais rejoindre les autres. La prestation était terminée. On se regroupait en avant sur la scène en faisant une révérence aux autres tandis que les autres applaudissaient. Fort bien. Je ne jetais même pas un coup d'oeil à Hélène. Nous descendions de la scène pour laisser place aux autres. Ça allait très certainement motivé les autres à faire mieux.

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Jeu 18 Oct - 22:04

Go and live, or stay and die

Installée sur ta chaise de bureau improvisé, tu relis toi aussi la scène que tu as demandé d'interpréter à tes élèves. Les groupes sont formés, chacun tente de s'inspirer de ce que tu qualifies être la plus belle histoire d'amour jamais écrite. Shakespeare est un génie ! Si tu avais pu naître à son époque, tu te serai fait une joie... non ! Un honneur d'assister à ses représentations, peu importe le prix. Tes pupilles se focalisent sur Elizabeth et ses comparses de la journée.

Vu la chance que t'as avec cette fille, tu verras qu'elle va jouer Juliette. On parie ?

Inutile de miser là-dessus. C'est une évidence. Tu regardes ta montre, à peine anxieuse. Dix minutes viennent de s'enfuir à toutes jambes. Ta lecture achevée, tu soupires et tournes la tête vers les planches. Kylie te manque beaucoup. Tu l'imagines là, en train de danser et tournoyer en riant de bon cœur. Sa vie n'était pas facile, mais tu la comprenais. Sa mort n'a pas fini de te hanter.

Halloween approche tu sais. T'as jamais pensé à faire un rituel ? Invoquer les esprits avec un Ouïja ?

... Sans commentaire. La sorcellerie ne t'atteint pas. Te déguiser pour cette fête sordide reste la limite à ne pas franchir. Mais sans Kylie, tu ne penses pas devoir réitérer l'expérience. Même si on te payait pour le faire. Tu as déjà fait une concession en autorisant la décoration de l'école pour l'occasion, ça suffit. Tu reluques à nouveau ta montre. Dix minutes de plus. Pas croyable !



Profitant du temps restant, tu te lèves de ta chaise et passes entre ta petite troupe, écoutant ce qui se dit et comment leurs esprits arrivent à comprendre la scène. Il n'y a rien de très compliqué en soi. Qu'ils jouent la pièce en entier pour voir ! Le groupe de la gosse de riche semble être plus à l'aise avec ces dialogues. Étrange... c'est comme si Elizabeth parvenait à leur transmettre une certaine assurance... Tu t'en désintéresses rapidement et te postes devant tous, frappant des mains pour annoncer le début des représentations.

• Bien ! Vous avez eu le temps nécessaire pour vous exercer. Qui veut commencer ?

Plus un bruit, pas même un soupir. Il fallait s'en douter... les jeunes paniquent. Tu es mal placée pour dire que la première fois n'avait pas été une épreuve. Mais regarde où tu en es maintenant ! Tu croises tes bras autour de la taille et scrute chaque visage transi d'effroi. Un sourire en coin menace de tomber sous peu si personne ne se dévoue. Mais alors que tu comptais envoyer Elizabeth au bûcher, voilà qu'elle se dévoue avec ses camarades. Tu te déplaces et leur cèdes les planches, prenant un siège afin d'admirer leur essai.

Méfie-toi Hélène ! Cette fille est cinglée !

Certes. Mais à moins de connaître Shakespeare sur le bouts des doigts, elle sera bien obligée de lire son texte. Comme tout le monde. Non, tu es formelle. Personne ne peut revenir du royaume des morts. Kylie n'est plus là. Elle n'est pas agrippée tel un parasite. Elle repose en paix sous terre, ;a des milliers de kilomètres. Une certaine brunette va devoir apprendre à dissocier tes désirs de la réalité...



Tes élèves se mettent en position. Tu attends un instant et lances le début par une annonce de la scène jouée. Elizabeth et Liam s'avancent et commencent. Le garçon est un peu tendu mais il arrive à articuler clairement. Tu ne feras pas de réflexion durant leur essai, ça ne serait pas correct et certainement pas constructif. La gamine, quant à elle, ne se sert pas de son feuillet. Elle récite, fait des gestes, se confond parfaitement avec ce que tu attends d'elle... te donnant une furieuse envie de lui botter les fesses. De deux choses l'une. Soit elle se fout de toi depuis le début, soit...

Soit elle n'est pas cinglée ! Eh... ne tombe pas dans le panneau tu veux ? Elle doit faire partie de ces gens qui apprennent en un instant. C'est tout !

Un point pour toi, conscience à deux ronds. Grand bien lui fasse si sa capacité d'apprentissage est supérieure à la moyenne. Tu ne te feras pas avoir. Pas question ! Pourtant, tu te retrouves prise au piège. Tu sens ton cœur se serrer au fil des mots prononcés par cette demoiselle insupportable. Kylie jouait de la même façon, à s'y méprendre. Tout comme cette fois où elle avait repris ta chanson préférée au même endroit, la voilà qui ose mettre l'accent sur ta pièce.

La prestation se termine sous une pluie d'applaudissements. Tu te joins au bruit, gardant un sérieux implacable sur ton visage. Tu as perdu cette manche, une fois de plus. Que dois-tu faire pour la faire taire ? Te relevant de ta chaise en bois, tu reviens devant tes élèves une fois que les autres aient rejoint leurs camarades enjoués.

• Jeunes gens, je dois avouer que je suis très contente de ce que vous venez de montrer. Pour ce qui est de mon avis, j'attendrai que tout le monde s'exerce avant de vous rencontrer personnellement. Bien... Au suivant !



La matinée passe, les groupes défilent. Tout juste avant la pause déjeuné, tu peux déjà te faire une idée sur ce que valent tes élèves. Avant de les laisser filer, tu retournes à ton bureau et distribues un autre feuillet à leur intention. Autant battre le fer tant qu'il est chaud !

• Je sais qu'il est bientôt l'heure pour vous de reprendre des forces. Mais avant cela, je voudrais que vous m'écriviez, en quelques lignes, ce que cette scène représente pour vous. Pas de panique ! Ça ne sera pas noté.

Tu pourrais les prendre à revers et changer d'avis sans leur demander leur consentement. Oui, combien de fois as-tu eu ce genre de blague de la part de l'un de tes professeurs d'université. ? Mais tu n'es pas ce genre de femme. Une fois de plus, tu ne regardes pas Elizabeth. Mais au fond de toi, tu pressens qu'elle ne fera pas comme tout le monde...
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Hélène Magnus
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Ven 19 Oct - 20:43
Go and live, or stay and dieHélène x Elizabeth
«Jeunes gens, je dois avouer que je suis très contente de ce que vous venez de montrer. Pour ce qui est de mon avis, j'attendrai que tout le monde s'exerce avant de vous rencontrer personnellement. Bien... Au suivant !»

Mon coeur se serre. Ma respiration est au ralentie. Qu'est-ce qu'il se passait ? Je sentais un regard apposé sur moi, mais je n'ose pas regarder qui c'était. Était-ce malsain ou bienveillant ? Je n'arrivais pas à différencier les deux. Ce n'est clairement pas Hélène, car elle m'évite depuis ce jour-là. On dirait qu'on est d'accord sur une chose, qu'on ne s'adresse aucun regard, donc impossible que ça soit elle. Alors qui ? Je n'aime pas ça. J'ai envie de regarder, mais je n'ose pas attirer l'attention. Je regardais uniquement la prestation des autres sans réellement apprécier ce que je voyais. Ce regard... Je n'arrive pas à me concentrer. Il fallait que je sorte, mais Hélène se poserait certainement des questions ou quelque chose du genre... Je n'oserais pas prendre ce risque qu'elle profite de cette occasion. Oh ça non ! Je regardais du coin de l'oeil, personne ne me regardait. Devenais-je folle ? Perdais-je encore plus la tête ? C'est horrible !

Plusieurs minutes plus tard, tous les groupes avaient passés sans que j'y mette mon point sur le i. J'étais sûr que mes camarades étaient exceptionnels sur scène. Je m'étais perdue dans ma tête, dans mes souvenirs et n'ayant qu'une seule idée en tête : quitter la classe pour prendre l'air. Je n'avais guère faim. On dirait que j'avais la nausée. Un sentiment nouveau ? Laisse-moi rire, y'a rien de nouveau. Croyant que la classe était fini pour leur du repas, mais j'avais tord. Une demande de la part de Hélène se fit entendre. Est-ce que je m'y attendais ? Probablement, c'était bien trop facile sinon...

«Je sais qu'il est bientôt l'heure pour vous de reprendre des forces. Mais avant cela, je voudrais que vous m'écriviez, en quelques lignes, ce que cette scène représente pour vous. Pas de panique ! Ça ne sera pas noté.»

Allais-je la croire ? Certainement pas, mais je regardais la feuille. Je profitais de ce moment de répit pour répondre à la question.

explicatif:
 
   

Une fois écris j'attendais que les autres aient finis. La première de classe ramassait tous les papiers et qu'elle les rendait à la prof. On pouvait désormais partir. Je filais comme une flèche, il fallait que je sorte d'ici, que je prenne de l'air. Quelqu'un m’interpellais, mais je l'entendais à peine jusqu'à ce qu'elle m'attrape par le poignet. Je revenais au moment présent et me tournait vers la personne, c'était Camille. Tient... Qu'est-ce qu'elle voulait ?

«Tout va bien Lizzy ? Tu as l'air bien pâle, tu es malade ?» elle place une main sur mon front. «Non, tu me sembles correcte.»

«Hm.. Ça va... Excuse-moi si je suis partie comme une flèche.»

Elle secouait doucement la tête tandis qu'elle s'approchait de moi en rougissant de plus belle.

«J'ai quelque chose à te dire, mais... Pas ici, suis-moi.»

Je n'eu pas le temps de lui répondre qu'elle me tire par la main vers les toilettes des filles. Elle s'assurait que nous étions seules avant qu'elle nous enferme dans l'une des cabines, la plus grosse bien entendu. C'était bizarre... Elle verrouillait la porte et bloquant l'accès en s'accotant sur la porte.

«Tu voulais me dire quelque chose, Camille ?»
«Oui... C'est si soudain, mais... Je t'aime Elizabeth !»

Je restais surprise par ces paroles comme si le temps avait figé. Je ne pouvais pas lui retourné son amour. Je ne le pouvais pas. Même si c'était absurde, j'aimais Hélène malgré que ça ne soit pas réciproque.

«Je...»
«Pas besoin de me répondre tout de suite... C'est soudain je le sais très bien, mais depuis que tu as interprétée Juliette avec Liam lors de la rentrée, j'ai eu... comment dire... le coup de foudre !»
«Camille... je...»
«Je me sens si nerveuse... si nerveuse que... Que je ne peux plus me retenir...»

Retenir de ? Elle s'élance vers moi en me plaquant contre le mur tout en glissant ses mains sur mes poignets pour m'empêcher de bouger et elle m'embrassait. Quoi ? Qu'est-ce qu'il se passait ? Elle m'embrassait ? Pourquoi ? Il fallait que je la repousse, mais je n'y arrive pas... J'aimais qu'une seule personne et une autre m'embrassait. Pourquoi la vie était-elle aussi cruelle ? Elle caressait même sa langue contre la mienne. Je voulais pleurer, mais je n'y arrivais pas, c'est comme si j'étais affaiblie à cause du baiser qu'on échangeait contre mon grès. Est-ce comme ça que Hélène s'est sentie lorsque je l'ai embrassé ? Oh... Je m'en voulais terriblement, mais je ne peux effacer le passé.

Au bout de je ne sais trop combien de minutes, elle me relâchait. Mes jambes lâchaient tandis que je glissais le long du mur pour que mon fessier se pose au sol. Je tentais de reprendre mon souffle n'osant pas regarder Camille. Elle devait être satisfaite de son baiser, n'est-ce pas ? J'avais la nausée... Elle se penchait à mon niveau venant essuyer mes lèvres à l'aide de son pouce.

«Ne le prend pas comme ça, Lizzy... Tu es désormais à moi et si tu le dis à qui que ce soit... Je me ferais une joie de dire à tout le monde que tu as fréquenté le professeur de musique avant l'accident qui lui a coûté la vie.»
«Du chantage ?»
«Hm, mais je t'aime bien. Bref ! Je vais rejoindre les autres pour manger, je t'invite à faire de même lorsque tu auras retrouvé l'usage de tes jambes.» elle se redresse. «A plus Lizzy-chou !»

La garce ! J'avais envie de l'étripé ! Comment savait-elle ? Était-ce elle qui avait informé Lukas ? Tout ferait du sens... La nausée me prenait tout d'un coup que je penchais au-dessus de la toilette pour vomir ce qu'il avait. Je restais un bon moment à la salle de bain. Une fois que je me sentais un peu mieux, je sortais de la salle de bain ayant nettoyé mon visage ainsi que ma bouche. Je ne pouvais pas le dire à personne, ni même à Hélène. Et comment voudrait-elle m'aidé de toute manière ? Elle ne m'aimait pas. Je longeais le long du mur du corridor avant de marcher correctement. J'allais me réfugiée dans l'amphithéâtre en reprenant ma place. Je ramenais mes jambes vers moi enroulant mes bras tandis que mettais mon menton sur mes genoux. Je ne pensais pas pouvoir endurer Camille encore longtemps. Devrais-je abandonnée et me faire petite ? Qu'elle était la solution à ce problème ? Le pire dans tout ça, je n'avais pas remarqué si j'étais seule ou non...
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Dim 21 Oct - 18:00

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Tu retournes poser tes fesses sur ton siège et attend que ta troupe fasse cette brève synthèse, réfléchissant toi-même à ce type de question tout à fait pertinente. Si tu devais résumer la scène dans tes propres mots, tu te reconnaitrais en Roméo. Étrange non ? Oui peut-être, mais ton histoire d'amour profond avec Kylie y fait référence tant de fois que tu ne préfères pas les énumérer. Tu patientes ainsi un petit quart d'heure avant de voir tes élèves quitter l'amphithéâtre pour leur pause déjeuné. Une petite pile de feuilles griffonnées à l'encre t'attend sur ton bureau, prêtes à subir ton jugement.

Commence par la sale gosse de riches ! Il n'y a que ça qui t'intéresse.

À moitié vrai... ou faux. Peu importe le sens de cette affirmation inavouable. Reprenant la pile de papier dans tes mains, tu réalises soudainement que tu n'as pas demandé à ce qu'ils inscrivent leur nom avant de donner leur avis sur la question. Grossière erreur... ou peut-être pas après tout. Garder l'anonymat sur ses propres idées n'est pas une si mauvaise chose. Tu laisses échapper un ricanement et commences à lire ta paperasse à voix haute. Jusqu'à ceci :

• Ce que la pièce représente pour moi ? C'est une question que je me suis toujours posée. Pourquoi ? Et bien... Dans la vie en général il y a beaucoup de chose que l'on ne peut expliquer. Les coïncidences, les impressions de déjà-vu, etc... Pour moi cette pièce représente bien plus qu'une scène et un jeu d'acteur. Je ressens l'émotion qu'éprouve Juliette envers son amour interdit. Pour interdire cet amour tandis qu'ils sont fait pour aller ensemble ? Le rejet envers ses parents est tout aussi insupportable. Au moins là-dedans elle a un support de sa nourrice. Je pourrais en rajouter, mais ce que j'écris en dit déjà trop... Seulement que l'histoire de Roméo et de Juliette est quelque peu similaire à la mienne. Absurde ? Peut-être bien, mais que peut-on faire contre l'amour ? Rien ne peut y entraver pas même la mort. Voilà ce que la scène représente pour moi.

Elizabeth. Sans aucun doute possible. Pour l'avoir entendue te parler sur ses ressentis vis-à-vis de Kylie et de tout le reste que tu refuses de croire... Sans en comprendre la raison, tes narines croient discerner son parfum sur la feuille. Ou est-ce ton imagination qui te joue encore des tours ? Qu'importe. Une fois que tu auras terminé ta lecture, tu iras manger quelque chose. Et le plus tôt sera le mieux.



Trois quarts d'heure viennent de disparaître au loin. De retour dans ton amphi, en passant par la porte extérieure, tu repenses à tout ce que tu as pu lire précédemment. Malgré l'effort surhumain engagé pour ne plus te soucier de l'autre miraculée, il t'est difficile d'oublier ses écrits. Tsss...

De toutes façons, tu n'y crois pas. Tant que nous serons sur cette longueur d'ondes, tout ira bien. Je refuse de te voir sombrer à cause de cette folle !

Tu y as échappé de peu la veille. Inutile de te remémorer cette gifle. Traversant les coulisses gorgées d'accessoires en nombre, tu t'empresses de regagner les escaliers. Mais au lieu de t'y engager, tu te figes sur place, te plaquant contre le mur de l'arrière-scène. Elizabeth est là ! D'un bref coup d’œil, tu remarques sa position inhabituelle. Assise sur une chaise en retrait des autres, recroquevillée sur elle-même, le regard perdu dans le vide. Sait-elle que tu es là ? Il semblerait que non. Tu fronces les sourcils. Il s'est passé quelque chose.

Qu'est-ce que tu en as à foutre ? Laisse-la ruminer !

Impossible. Il ne s'agit plus de ton cas personnel désormais. Mais de sa sécurité au sein de ton école. Tes états d'âme ne sont pas à prendre en ligne de compte. Il va te falloir comprendre ce qui s'est passé pendant cette pause. Mais pas tout de suite. L'heure tourne et déjà, un petit groupe pénètre la salle et fonce s'installer sur leurs sièges, manifestement impatients de continuer. Toi, tu vas attendre un peu avant de te manifester. Ton plan de l'après-midi étant bien défini, tu n'as pas besoin d'arriver en avance. Croisant les bras le long de ta poitrine, tu soupires une bonne fois et patientes le quart d'heure restant, dans l'ombre.
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Hélène Magnus
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Lun 29 Oct - 23:16
Go and live, or stay and dieHélène x ElizabethAidez-moi... Je ne comprend pas... Pourquoi moi ? Pourquoi  cette histoire me fait tant de mal au fond de mon être ? Ma poitrine se serre... J'ai mal... Enterrez-moi vivante s'il le faut ! Cette fille... Elle est quelque chose... Elle le regrettera tôt ou tard, ce n'est qu'une question de temps. Je suis seule dans l'amphithéâtre, la pause de dîné est bientôt terminée et je n'ai rien avalé. Elle a coupé mon appétit cette peste. J'ai envie de me défoulé, de crier à plein poumon ou peut-être même enrouler mes mains autour de son cou ? Je l'a laisse faire... Pour l'instant...

Je relève mon regard voyant que les autres élèves arrivent presque en riant. Je reste à l'écart des autres jusqu'à ce que Camille croise mon regard en souriant. Elle était si... malsaine... Je ne réagis pas. Liam remarquait quelque chose n'allait pas. Il osait se mettre à mes côtés posant une main sur mon épaule. Pourquoi me touchait-il ? Juste sentir sa main me répugnait au plus haut point. Cette façon que je détestais les hommes... Argh... Je ne réagissais pas plus.

«Lizzy ? Quelque chose ne va pas ?»


Va-t'en, va-t'en, hurlais ma conscience. Liam avait parlé fort que ça attiré l'attention des autres élèves. Merde, merde, merde ! Je pourrais les tuer un par un ? Non, ça ne serait pas bien.

«Ouais, tu n'es pas venue manger avec nous, quelque chose te tracasse Lizzy ?»

La voix de Camille. Ça y est je voulais l'étouffer jusqu'à mort s'en suive. Elle l'a bien cherché, si ? Elle m'a forcement embrassé sans moyen de m'échapper. Et que si je parlais, elle se ferait un plaisir de dévoilé le pourquoi de mon accident. Cette fille c'est le mal incarné. Je vous le dis. Je descendais mes pieds de pour m'asseoir correctement fixant droit devant moi.

«En fait... Si... Tout me tracasse... Depuis ce jour...»

Je me lève pour observer les autres élèves. D'un air aussi neutre que possible.

«Vous ne comprenez rien. Vous vous avez une vie parfaite rempli de fantaisie. Tout est rose bonbon. Quel est votre traumatisme à vous ? Vous voyez... J'essaie de m'adapter depuis l'accident et je n'y arrive pas. Vous ne savez pas la chance que vous avez d'être sain mentalement et vivre une vie totalement normal.»

«Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es sûr que tu n'as rien pris ?»


«C'est ça, prenez moi pour une accro au stupéfiant.»


«Je n'ai rien dit !»

«Qui dit que je parlais à toi spécifiquement ?»

«Bon, bon, bon, tout le monde se calme, le cours va bientôt commencer. Elizabeth.»

Je regardais Liam qui me fit signe de m'asseoir. Je me laissais tomber. Kylie ? Quand tout ça ça sera terminé, dis moi ? Le temps est long, il m'étouffe de plus en plus. Camille. Attend-toi d'avoir une belle surprise. Son petit jeu peut se retourner contre elle un jour ou l'autre, ce n'est qu'une question de temps. J'en souris d'avance. Les minutes passent et Hélène arrivait finalement pour poursuivre le cours. Qu'est-ce qu'elle avait prévu pour la suite en cet après-midi ? Pas quelque chose de trop complexe je risque de vouloir trop jouer le jeu envers Camille. L'humilier en plein publique. Ça serait la grande classe ! Mais pas digne d'une Adams.. Adams.. Qu'est-ce que ce nom de famille veut signifier au final ? Mes parents ne sont pas en ville, ils travaillent en dehors de Rosecreek depuis plusieurs semaines déjà. Peut-être qu'ils m'ont déjà oubliés ? Une grande maison rien qu'à moi avec un chauffeur personnel. Mon téléphone se mit à vibrer, il était en mode silencieux donc il ne dérangeait personne. Je lisais le message qui provenait de Camille ?! Comment a-t-elle fait pour avoir mon numéro ? Elle est folle cette fille... Elle me demandait, non, elle me dit qu'elle allait entrer avec moi ce soir. Qu'est-ce qu'elle a derrière la tête ? J'affichais une tête d'enterrement. Si elle pensait qu'on allait plus loin, elle rêve ! Elle ne touchera pas une parcelle de mon corps, aucune. Il fallait que je débarrasse d'elle et au plus vite. Par qui ? Quand ? Comment ? J'ai envie de vomir, mais il fallait que je pense à autre chose. Hélène parlait très certainement, mais ces mots étaient un écho très lointain dans mon esprit. Pour dire que je n'écoute pas ce qu'elle dit. Pardonne-moi Hélène...

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Sam 3 Nov - 22:32

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Tapie dans l'ombre, tu continues d'observer les réactions de chacun. Pour l'instant rien d'inhabituel, si ce n'est le rebus soudain de Elizabeth. Tu n'attendras pas plus longtemps car, déjà, Liam et Camille tentent une approche sur elle.

À ton avis ? Tu crois qu'elle va leur sauter à la gorge ?

Il y a des chances oui. On dirait un animal sauvage pris en tenaille par des chasseurs. Pourtant, le garcon essaie d'être gentil avec elle, mais elle ne fait pas l'effort de lui répondre. Il a même parlé trop fort, suscitant l'intérêt de tous les autres élèves. Camille se joint à lui, ca ne donne rien de mieux. Jusqu'à ce que la fille à maman dévoile enfin ce qui la tracasse... et là, tu ne peux t'empêcher de sourire jaune.

Tu vois ? Il n'y a rien. Sa sécurité n'est pas ébranlée. Lâche l'affaire ! Ca vaudrait mieux. Tu as autre chose à foutre que de la rassurer.

Ta conscience a bel et bien raison. Néanmoins, tu sens qu'elle ne dit pas tout, qu'elle refoule une chose inavouable. Tsss... Cette gamine a le don de te saouler au plus haut point. Tu ne portes pas attention à se qui se dit ensuite. Cela ne te regarde en rien. Ce ne sont que des discussions stériles après tout. Le genre de bla-bla d'ados qui sera tout aussi vite oublié au fil des jours. Elizabeth est une rescapée. Le reste... tu n'en as rien à faire.

Tu te recoiffes les cheveux en vitesse, soupirant une bonne fois, et tu te décides à descendre les marches vers ta petite troupe. Les voix se taisent aussitôt.

• Bien ! Est-ce que tout le monde est là ?

Rapidement, tu comptes du doigt l'ensemble de tes étudiants, manifestement tous sur le qui-vive. À l'exception de la demoiselle effrontée, tu lis sur leur visage une certaine excitation. Tu n'as rien prévu de difficile aujourd'hui, et tu ne t'inquiètes en rien du feeling de cet après-midi. Te replacant au centre de ces jeunes gens, tu t'éclaircis la voix et leur annonces la couleur.

• À partir de maintenant, et jusqu'à la fin du cours, vous allez reprendre les textes de ce matin... et les transformer par le langage d'aujourd'hui. Faites-vous plaisir !

Ce qui suit te rend incrédule. Tu n'imaginais pas recevoir autant d'applaudissements et de remerciements de leur part. Shakespeare se retournerait dans sa tombe s'il devait endurer cette mascarade. Et pourquoi pas après tout ? Tu es pour la liberté d'expression dans ce cas de figure. Mettre tes élèves à l'aise pour les prochains projets est primordial. Tu sais d'avance qu'ils prendront du plaisir à interpréter autrement cette scène.

Mais toi, tu n'es pas dupe. Peu importe la manière de la tourner, le message qui en résulte reste le même. Et tu sais ce que cette scène représente. Car tu l'as vécu... Partir et vivre, ou rester et mourir... Personne au monde ne peut incarner les deux. Toi si. À Londres, tu es restée pour mourir. La Mort n'a pas voulu de toi alors... tu est partie pour vivre. Non ! Essayer de vivre... Ton regard se trouble alors qu'un premier groupe monte sur les planches pour s'exercer. Pourras-tu un jour retrouver cette joie de vivre, perdue à tout jamais avec la mort de Kylie ?
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Hélène Magnus
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